mardi 18 avril 2017

Pasolini, Badiou, révolution et Saint Paul

Paul Jorion commente ici un livre sorti il y a peu. Un livre des notes de Pasolini sur un film qu'il aurait aimé faire sur Saint Paul mais annulé pour des raisons de budget essentiellement. Badiou a écrit la préface de ce recueil de notes.

Pasolini aurait voulu garder les paroles telles quelles de ses lettres ou les événements de sa vie dans les actes des Apôtres, tout en filmant dans un décor des années 1970 et montrer le caractère révolutionnaire de son discours démolissant "un modèle de société fondé sur l'inégalité sociale, l'impérialisme et l'esclavagisme".
Pasolini se seraient moqué des intellectuels actuels qui discréditent sa pensée (comme les athéniens) même s'il semble que lui même avait du mal avec sa "misogynie" et son "respect des autorités en charge."
Préfiguration de Lénine pour Badiou, instaurateur de l’Église pour créer un sas entre le monde et les groupuscules révolutionnaires qui seront dans le monde et hors du monde. Badiou exprime une comparaison entre le parti et l’Église, toutes deux corruptibles avec le temps. "Le génie qui a créé l’Église  n'y reconnait plus, ou très difficilement, ce au nom de quoi il l'a précisément créée.
Pasolini voit aussi que la difficulté d'appliquer les principes transforment les institutions pour des fins justifiant les moyens vers une situation où cette fin sera sacrifiée.
Le film aurait montré le paradoxe de tous les gauchistes, l'obligation d'une utopie salvatrice et la quasi impossibilité d'une réalisation pratique qui ne se transforme en naufrage ou au contre exemple initial.
Le message parfait de Jésus sera toujours coupé par les institutions sensées le porter, pense Pasolini.
Il ne comprend pas Paul non plus quand il désire maintenir certaines "formes" impossibles à tenir selon lui, les formules doivent mourir vite. Il faut une Église qui contesterait toute forme d'autorité.
Institue la révolution anti institution. Injonction contradictoire où toute utopie se détruit.
Il y quelque chose de chimiquement pur dans la prose de Pasolini tel que rapportée par Jorion...
C'est l'incompréhension de l'Eglise comme lieu de miséricorde et lieu de l'Eucharistie qui représente, elle particulièrement, le principe de la pierre qu'auront rejeté les bâtisseurs sera la pierre d'angle. Bref, Ils jettent le Christ avec l'eau de L'Eglise.
Combien de chrétiens ont conscience de la position de l'Eglise qui comme le Christ est le point stable pour les hommes, elle l'est pour les institutions humaines depuis la venue du Christ ? Peu importe. Vivons ce lieu, comme nous pouvons, comme cette institution anti institution pour être la vraie institution avec ses pesanteurs et ses grâces.




vendredi 31 mars 2017

Colosimo sur l'unité des Chrétiens



samedi 18 mars 2017

Magnifique exemple d'illusion libérale

J'aimerais vous faire partager ce petit article très édifiant de Nicolas Bouzou. Il est très représentatif d'une certaine justesse libérale accompagnée de ces grandes illusions. Il aimerait donner un nouvel élan au progressisme dans sa version libérale.
Cet article me permet de reprendre certains articles passés pour résumer ce que je vois comme des gentils impasses orgueilleuses.

Bref résumé et deux citations :

Nous connaissons une mutation techno-technologique en cours, création destructrice sans précédent. Elle n'est pas indépendant à la montée de la violence dans le monde. Perte de repère, blessures narcissiques. Copernic, Darwin. Le fondamentalisme est en réaction à la science qui sécularise.
"Aujourd'hui, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, la génétique, les énergies propres ou la révolution spatiale nous font de nouveau basculer dans un nouveau monde qui tue l'ancien, celui des agendas papiers, de la voiture à essence et des stations-services, de la médecine clinique et du salariat."
D'immenses questions d'éthique arrivent. Ces périodes Schumpeteriennes renforcent le conflit entre les prétendant à une société ouverte et les autres et qui de fait s'allient avec les fondamentalistes religieux et nationalistes.
Dans l'histoire, il y a des déclencheurs et des facilitateurs, mais sur le temps long, les périodes de violence correspondent à des périodes de destructions créatrices.
Tout est toujours une histoire de blessures narcissiques d'un monde en changement. Il n'est point trop question ici de pauvreté mais de refus de l'ouverture et du modernisme. Le terrorisme peut se greffer sur n'importe quel récit qui considère le monde tel qu'il est comme un bateau qui coule. Non améliorable et non aimable. Il partage l'idéologie du c'était mieux avant.
"c'est à nous, les progressistes et les libéraux modérés, de la faire mentir et de bâtir le récit philosophique confiant du monde qui vient, pour contribuer à faire reculer la violence."
Quelques commentaires.
Il y a beaucoup de choses résumées en quelques lignes de cet article. Certes ce n'est qu'un tout petit papier et n'est pas Baverez qui veut mais je suis effaré par le manque de perspective historique, et de non questionnement de l'économie, de la religion et son manichéisme qui lui permet de classer les bons et les gentils par une méthode limitée et anti-religieuse de principe, elle ressemble au méthode mafieuse des défenseurs de la mondialisation. Nous n'avons pas le choix, et tout questionnement de principe sur le bien fondé du progrès est un fondamentalisme, un terrorisme, un homme marqué par l'humiliation narcissique.

Comment discuter ?

Puis je proposer des points de discussion  pour initier un débat.

La violence de l'économie
A Crise de foi
a partir de ce document, j'aimerais interroger Bouzou sur la fin de l'économie. Devons nous la servir ou est elle au service de la population ? Ne voit il pas l'ambivalence de l'économie ? 
Il la voit, il l'appelle la destruction créatrice de Schumpeter, l'ambivalence est dans le mot même, mais celle-ci est montrée pour mieux l'ignorer. Il faut accepter cette violence pour ce qu'elle apporte. État d'esprit d’idolâtre, soyons prêt à tout ce que nous dicte l'idole. Sacrifions, ce qui est à sacrifier. Symbole d'une cléricature qui veut faire le bien du monde entier sans se faire frère.
Bouzou ne voit pas qu'il dit que l'économie est la violence et la barrière des hommes pour contenir la violence. Il avoue la sacralité de l'économie, bonne violence institutionnalisée. Nous vivons la mise en doute de cette violence institutionnalisée. On peut s'effarer devant un monde qui ne croit plus en rien et devenir fondamentaliste, c'est un risque, on peut aussi comme Mr Bouzou jouer au grand prêtre naïf. Croyons, croyons et ne soyons pas méchant. Il aimerait faire revivre la grande flamme du progressisme.

B Déchainement mimétique
Relisons cet article interne
Bouzou est surpris par le déchainement des violences, il parle de blessures narcissiques. C'est très intéressant. Il parle en quelque sorte du ressentiment métaphysique et du ressentiment des looser face aux avancées du progrès. C'est, dit-il, ce que nous avons toujours vu.
Il y a deux choses. Il y a en effet le mimétisme des looser dont il ne voit pas qu'il est le winner. Soyez du bon coté, camarade, dans la folie mimétique moderne de l'appropriation des signes extérieures de succès et d'ouverture. 
Il y a ensuite une lucidité sur le fait que le mouvement progressiste tue les idoles humaines (même si sa version des découvertes galiléenne et copernicienne est une image d’Épinal confortable mais dont il évacue toute subtilité philosophique, voir ici pour les plus courageux). Il demande finalement à ce que les hommes se rendent à la vérité démystificatrice de son progressisme efficace et technologique. Illusion, il surfe sur la vague démystificatrice et joue le bon rôle du progrès sans voir l'ambivalence et en quoi, il est lui même mystifié. Face aux passions de l'inégalité, Bouzou demande aux personnes de prendre leur responsabilité et de penser comme lui au lieu d'être blessé narcissiquement. Je suis un winner, faites comme moi, bande de looser. Mensonge romantique qui part de la vérité du ressentiment et du déchainement mimétique dont il est le grand prêtre. Peut on jouer un jeu idiot, le gagner et reprocher au perdant de ne pas être vainqueur ? C'est le jeu de Mr Bouzou. Il croit à un grand mouvement progressiste croyant que tout le monde acceptant les règles du jeu, il n'y aura plus de ressentiment sur la justice. Bouzou comme tout bon progressiste ignore le risque d'anomie qu'il voit  sans en voir la responsabilité de ce qu'il promeut.

C Le religieux comme source de la violence.
Derrière toutes les illusions invoquées, partout en filigrane, demeure la thèse que la religion, obscurité, est la source de toute la violence.
Tous les progressistes, ici, se donnent la main, du plus grand souverainiste au plus grand mondialisateur. Ceci est bien résumé ici en anglais. ou sur cette image.

Il est intéressant de relire cet article interne (encore !?). Il propose une histoire schématisée du progressisme et montre les dangers du post modernisme. C'est encore un part de vérité de Bouzou, oui, le fondamentalisme est en effet un tentation moderne, mais il ne voit pas que les modèles qu'il donne en exemple sont aussi une tentation moderne. Le technicisme ou le post humanisme qui est une manière comme l'autre d'oublier l'homme.

L'humanisme de Bouzou n'est pas désirable, son ennemi est le notre mais son argumentation manichéenne ne voit pas qu'il peut être, lui-même son frère jumeau. Certes, Bouzou n'est pas ce qui semble le plus dangereux à court terme, n'est il pas une queue de comète d'une ancienne et vieille illusion ?
Une ancienne illusion qui a pu pouvoir prendre sur elle, l'origine de tout progrès sans voir qu'il n'existait qu'un seul progressisme, celui du progrès de l'accueil de la révélation du Christ dans les cœurs. Naïf ? Je ne crois pas.

jeudi 9 mars 2017

Les urgences de Benoit XVI par René Girard



J’ai retrouvé sur le Figaro un texte de 2007 de René Girard où il profite de la sortie du Livre du Cardinal Ratzinger – Benoit XVI, Jésus de Nazareth pour dire combien, encore après Ratisbonne, il est en droite ligne avec le Pape et combien ses travaux font échos aux siens. Au-delà de toute illusion de l’époque historico critique de l’analyse de l’Evangile (et de tout fidéisme de la divinité du Christ), le travail de Benoit XVI montre combien nous pouvons enfin avec tranquillité unir le Jésus historique et le Jésus de la foi.  Combien nous pouvons avec sérénité développer un rapport intime avec Lui, à le découvrir comme unique bon médiateur, lui qui se caractérise par son unité au Père et son imitation.
Le centre de l’histoire devient la Passion, image centrale de la vie du Christ et de la révélation du don total de Dieu. Lieu central de la continuité et de la discontinuité. Jésus fut entrevu par les religions archaïques mais il signe la fin de la continuité sacrificielle, il révèle la violence sacrificielle et place les hommes face au choix de Dionysos ou du Christ, du sacré ou de la sainteté. Et nous met face à l’urgence de la rencontre du Dieu des béatitudes, juste proximité à Dieu avec Jésus, contre les conformismes de la violence planétaire, sacré frelaté et idolâtrique.
Dans cet article, rien de nouveau sous le soleil mais une confirmation synthétique. René Girard se sent moins seul, il est heureux de pousser avec le pape à une lecture eschatologique légitimée par les recherches historiques et exégétiques. Plus que jamais, la violence moderne nihiliste, cachée ou déchainée est le reflet d’une relation blessée à Dieu théorisée inconsciemment par l’archaïsme devenu idolâtrie (l’intuition du Christ est devenue singerie du Christ). Jésus n’est pas un détail de l’histoire, il y est au centre, et sa reconnaissance, son intimité doit nous être chère et urgente pour nous personnellement et le monde.

ci dessous quelques notes pendant la lecture....

lundi 6 février 2017

Grechuta

Magnifique albums
De mon temps polonais, je garde aussi Marek Grechuta. Chanteur des année 70-80 mort relativement jeune. Poésie, tentation avant-gardiste (surtout dans le second album ci dessous), joie des accents polonais, des rythmes, des traditions des mélodies et cordes slaves. Parmi toutes les chansons j'aimerais sauver de l'oubli "Ocalic od Zapomnienia". (2nde vidéo 24.30)
Poésie pour une femme dont nous souhaitons malgré tous les moments partagés oubliés que les yeux et le coeur soient sauvés de l'oubli. Echo pour moi à Baudelaire et au salut dans l'éternité.

 

samedi 14 janvier 2017

Qu'est ce qui fait qu'un roi est roi ? Olivier Py - Shakespeare, Roi Lear

Tout a commencé quand je cherchais des vidéos sur Samuel Rouvillois. Je suis tombé sur cette vidéo que je vous invite à écouter à partir de la trentième minute quand Oliver Py présente avec beaucoup d'érudition sa mise en scène du roi Lear de Shakespeare au festival d'Avignon de 2015. Toutes les critiques ne furent pas élogieuses. Mais son intervention m'a beaucoup intéressé.



Shakespeare a écrit le Roi Lear et Macbeth la même année. Une année d'interrogations sur le pouvoir en pleine crise de légitimité du roi Jacques 1er en Angleterre.
Qu'est ce qui fait qu'un roi est roi ?
Ses habits, sa couronne ? Un chien avec une couronne reste un chien (problématique de MacBeth,
MacBeth découvre quand il a brisé la couronne. La couronne qu'il met sur sa tete n'est pas celle qu'il convoitait. il devient fou.)
C'est la question que se pose le roi Lear, il abandonne ses signes tout en voulant rester roi et voir ce que cela fait ?  Il n'y a pas de légitimité divine à la royauté.
Olivier Py souhaite proposer deux faits à notre compréhension de la pièce, Shakespeare tente de défendre la légitimité du roi Jacques 1er contre tous les usurpateurs et les accusateurs d'usurpation. Ensuite, Shakespeare était catholique. Question insoluble pour la page wikipedia, par exemple, mais que le metteur en scène pose avec force, conviction et arguments intéressants. (Globe theater, moine de Roméo et Juliette)
Il souhaite articuler légitimité divine et personne sans pouvoir spirituel. Or Le roi Lear devient roi quand il est nu et s'interroge sur sa population. Sinon le pouvoir est toujours usurpation. Il le découvre avec terreur et peut être plus fortement quand il retrouve Cordelia, qu'il se réconcilie avec elle avec miséricorde (moment où le nom de Dieu peut être prononcé...). Il le découvre quand il rencontre sa propre mort.
Alors le pouvoir est impossible ? L'emprise de l'amour est la seule royauté et cela se combine avec le retour d'une parole pleine. Comme Cordelia qui la cherche par le silence ou le fou (mêmes acteurs dans les premières représentations à l'époque de shakespeare) qui parle avec sagesse.
Le roi Lear était l'homme de la parole performative. Sa parole ne le devient plus. (J'ordonne, j'exige, je demande, j'attends, j'accepte). La performativité de sa parole semblait assurer le lien entre la parole et le monde. Py créé un lien entre cette pièce et le problème de la politique et du théâtre contemporain. Votre parole n'est pas active, elle est vide.  Il n'y plus rien pour nous unir et nous diriger. Cette fin de la parole signe la dislocation du monde et de la nature représenté par la lutte des frères et contre le père et le symbole d'un monde qui se perd et ne se retrouve plus.
 Retrouvons notre parole pleine, ce que nous ressentons, ce que nous avons vraiment à dire pour refaire l'ordre du monde. Ainsi chacun sera roi si sa parole devient acte.
Invitation à accueillir sa mort, acte d'ouverture et de véritable connaissance par l'humilité. Invitation à garder les fous dans le châteaux, une institution ne vit qu'avec ce qui la critique, qui remet en cause, l'institution ne peut vivre que si elle est bringuebalante.

Ci-dessous une représentation en accéléré et en "sous-titres" explicatifs. Cela rejoint peut être le coté messager un peu trop fort que décrivait les critiques. Une interprétation vaut elle la pièce, mais tout n'est pas interprétation... Difficile combat... 
Le film reprend beaucoup de point développé dans l'interview mais très intéressant.





Ces vidéo variés sur la pièce de Shakespeare me faisait penser à une note ancienne sur la perception anthropologique de la royauté.
Régner revient à garantir l'ordre du monde et de la société, le roi est un personnage sacré.
On ne peut être que fasciné par la conscience anthropologique de Shakespeare. Il dessine un roi Lear qui interroge sa position et qui ne voit pas qu'il disloque par ce même geste l'ordre du monde et de la société. Cette dislocation a pour conséquences de donner des réponses aux questions de Lear. Et toutes les questions sur le pouvoir peuvent commencer à être débattu à partir de ce point.
Py dit on est roi quand notre parole est pleine. Puis je le traduire différemment, seul le christ est roi parce qu'il est le bouc émissaire idéal dont la parole est pleine.
Py élude ce que Shakespeare déniche, le lien entre le roi et le bouc-émissaire institutionnalisé. Le roi Lear se prend sa naïveté comme un boomerang. Quand il n'est plus le roi, il déclenche une crise d'identité et un perte de repère créant violence sans limite et chaos. Il ne découvre pas donc qui est le roi quand il est nu... Il découvre dans sa nudité que son pouvoir ne se tenait que dans sa situation de victime en puissance, dans sa découverte de la part christique en lui. Ecce homo....

Mais Py a raison en disant que cette pièce est terriblement prophétique sur la perte de la parole.
La pièce illustre la fameuse question apocalyptique de Girard. Que se passe t-il dans un monde où les béquilles sacrificielles sont perdues. La pièce en est une illustration. Il ne reste plus que les fous pour dire que le monde l'est devenu, la vanité est partout et la redécouverte de Dieu miséricordieux se fait en prison avec la fille aimante. (Je suis bouleversé à chaque écoute de la tirade "et nous serons espions de Dieu"). Le roi Lear est l'image de notre société chrétienne et naïve qui ne comprend pas l'origine de son propre pouvoir et qui en remettant en cause tout ce sur quoi elle est fondée, s'autodétruit tout en se donnant la possibilité de découvrir la vérité.
Les invitations de Py à retrouver la parole pleine est pour moi une invitation à rencontrer le Christ, à l'aimer et à en faire un ami. (Son invitation théâtrale me séduit moins mais est intéressante ; il la relie à l'incarnation certainement.) 
L'invitation à accueillir la mort est l'invitation à l'humilité. L'humilité contre l'orgueil de ce roi et de notre époque qui a perdu tout sens de la mesure et qui découvre malgré elle le sens profond de la royauté par inadvertance. Mais sa remise en cause toute provocatrice est aussi le chemin qui lui permet de trouver les bonnes réponses.....
Apocalypse forever...


samedi 15 octobre 2016

Cassiodore et Boece par Benoit XVI.

Cette interview de François Taillandier sur sa dernière série de livre est intéressante, c'est une invitation à plonger aux racines historiques de notre monde, le démantèlement de l'empire romain. La confrontation d'un empire en destruction et l'arrivée massive de nouveaux peuples puissants. Il invite à une connaissance approfondie de la vie de ces hommes de leurs questions tragiques, de leur point de vue sur la vie.
Cette Europe du V au Xe siècle nous est tout à fait inconnue. Nous avons là une boite noire que nous ne voulons pas trop regarder, les questions y sont passionnantes. Il n'y a pas de siècle où les questions des hommes et la manière de voir l'histoire et leur "théologie" soit essentielles.
Taillandier parle de deux témoins de cette époque Boèce et Cassiodore. Il y évoque aussi une conférence de Benoit XVI. je l'ai retrouvé ici.

Qu'y dit il ? Il présent ce deux auteurs.
Il présente Boèce (480-524) comme témoin de la fin de l'empire, et homme voulant propager la culture gréco-latine chez les nouveaux maitres "barbares", dire la foi chrétienne dans le langage greco-latin. Il serait le dernier sage de l'antiquité et premier homme du Moyen-Age. Honnête homme politique et complet. Il fut malgré tout condamné à mort pour délit d'opinion par Théodoric. Il écrira en prison "la consolation de la philosophie " où il en appelle à la sagesse, à la découverte des vrais biens contre la mondanité, à découvrir l'espérance, le dialogue avec Celui qui sauve et se souvenir des grands auteurs.
La philosophie est recherche de sagesse et découverte du bonheur dans sa propre intériorité. La prospérité peut être mensongère, la mauvaise fortune est tamis des rapports humains authentiques. Lisons tous les événements avec espérance. Recherchons des vertus et ayons la certitude de la présence du juge qui voit dans le secret et qui sait.
Boèce, martyr de la foi et porte d'entrée pour la contemplation du Christ ressuscité selon Benoit XVI.



Cassiodore 485-580, était un homme engagé dans la politique et la transmission culturelle. Il ne veut pas laisser tomber dans l'oubli le meilleur du patrimoine culturel humaniste de l'empire romain dont il a la conscience de la mort et de sa disparition définitive. Il travaille avec les nouveaux venus, tente toutes les rencontres culturelles et de dialogue. Il n'a pas réussi à créer la synthèse de la tradition romano-chrétienne d'Italie et de la nouvelle culture Gothe mais il était convaincu du caractère providentiel du mouvement monastique auquel il a consacré toute la fin de sa vie. Il fonda le Vivarium pour conserver les grandes œuvres. Recherche d'équilibre entre la prière, le travail intellectuel, la charité, la vie sacramentelle et paroissial.
Lucidité sur les sollicitations du monde et de ses attraits, importance de la préservation de la rectitude de la foi.
Benoit XVI finit par dire :
Nous vivons nous aussi à une époque de rencontre des cultures, du danger de la violence qui détruit les cultures, et de l'engagement nécessaire de transmettre les grandes valeurs et d'enseigner aux nouvelles générations la voie de la réconciliation et de la paix. Nous trouvons cette voie en nous orientant vers le Dieu au visage humain, le Dieu  qui s'est révélé à nous dans le Christ.

Par bien des aspects, ce texte, écrit la même année, peut être relié au discours des bernardins. En revenir à la recherche de Dieu quand tout semble menacé.

Sur cette époque, il faut écouter aussi Michel Rouche sur la violence archaïque de cette époque, comment le levain chrétien se retrouve dans une pâte différente et difficile à contaminer.





mardi 4 octobre 2016

Construire sa personnalité. Les quatre vertus par Pascal Ide


Je ne connais peut-être pas de couverture plus laide et de titre plus ronflant pour un livre qui se démarque par sa justesse et son esprit de synthèse....
Soit...
Je reste malgré tout rempli de gratitude envers le père Pascal Ide pour cet exercice de présentation des quatre vertus cardinales, trop peu enseignées et révélées. J'ai découvert quatre amies que j'ai trop ignorées et ou mal traitées.
Ce fut pour moi une découverte incessante et urgente. A méditer sans fin pour une sagesse propre à chacun. Petite prise de notes en dessous qui ne doit être qu'invitation, à aller vers la source.


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L'homme est malléable et non immédiat et il est fait pour le bonheur par une vocation relationnelle. C'est sa grande quête qu'il doit mener avec ses blessures.
Les vertus ont un rôle curatif, c'est l'éducation par la maitrise de soi. Ce sont des dispositions stables acquise par répétition à poser des opérations bonnes, facilement, agréablement et sans erreur. Une volonté difficile transformée en habitude.
Elles créent une bonté effective et non affective.
On résume brièvement Intelligence pratique : la prudence
affectivité volontaire : la justice
Les deux affectivités sensibles, l'irascibilité contre la force
la concupiscence contre la tempérance
St Augustin : La vertu n'est rien d'autre que l'amour de ce que l'on doit aimer. Le choix de ce bien définit la prudence; n'en être détourné par aucune peine, c'est de la force ; n'en être distrait par aucun plaisir, c'est de la tempérance, par aucun orgueil, c'est de la justice.
La vertu est l'image de la beauté de l'homme intérieure. Le but est l'harmonie intérieure. Et cette bonté séduit. Le corps et tout l'être est habité par cette lumière vertueuse. La beauté est à acquérir.



I La prudence

Ajustement aux fins, intelligence pratique. La conscience n'est pas d'abord une lumière mais un œil qui demande lumière.
Prise en compte de l'universel, du particulier, du personnel.
Dans une décision, il y a plusieurs actes : vouloir, intention, conseil, choix, commandement, exécution, porter du fruit.
La prudence est l'intimation à l'action. Avoir de la continuité dans l'effort. Persévérer, pas de procrastination et de crainte de la première fatigue. Obstination aimable.
Prudence est la clé de voute. Toutes les vertus sont connectées entre elle. Elles sont dynamiques. Il faut les cultiver toutes ensemble.
défauts contraire à la prudence : précipitation, imprévoyance, désorganisation, sans coordination.

II La justice

Justice : volonté constante de rendre à chacun ce qui lui est du mais aussi l'art de régler nos relations avec autrui.
Elle implique la reconnaissance de ce que nous devons à autrui, sens de la dette et de la gratuité.
Initiation à la complexité du jugement

III Courage

Avec la tempérance Ce qui nous rend maître de nous-mêmes. Comment équiper notre intelligence et notre justice de notre affectivité sensible. D'abord ne pas se laisser vaincre par la difficulté, le libérer de la crainte, exorciser les lâchetés. Franchissement des difficultés qui sont nos peurs.
A quoi s'affronte le courage ? Dominer nos craintes pour atteindre nos objectifs.
Saisir les quantités de petites morts. Saisir les échecs qui sont autant d'occasions pour exercer notre courage. Regarder ses failles en face. Faire face au jour le jour.
Audace ! La combativité s'éduque. Sans figure paternelle il y a un risque de donner des affectifs mous incapable de supporter le stress. L'enfant a besoin d'affronter des difficultés et des obstacles.
Il faut aussi combattre la peur d'autrui. Les risques de relation conflictuelle ou confusionelle. Recherche du "communionel".
La force est l'intégration des affects.
Humilité : accepter les dons que le roi bien aimé nous a fait. Il est vertueux de rechercher une profession à la mesure de ses compétences.
Force comme juste milieu. Environnement humain ne doit ni être de terreur ni être édulcoré.
Peur et douleur sont signal d'alarme. l'insensibilisation rend la personne inhumaine.
Toujours voir l'objectif du bonheur au risque de ne garder que la technicité des vertus.
Bible violente. Dieu prend l'évolution de l'homme. Dieu et sa loi présente sur tout le chemin. Pas de gradualité dans l'éthique mais dans la manière dont nous arrivons à le vivre...
Chacune de nos vies a aussi un ancien testament. Nous n'avons jamais fini de nous humaniser.
Accepter la progressivité, apprendre à aimer la faillibilité. Apprendre le regard positif sur l'évolution des personnes. L'une des causes de blocage est que les autres ne nous voient pas avancer. Émerveillons nous face au mystère de la personne.

IV Tempérance
Nous faire vivre le plaisir de manière libératrice, mesurons nos ardeurs.
Guitton : est obscène tout ce qui rompt sa relation avec sa finalité ultime, Dieu. Impudique ce qui perd sens.
Elle se traduit par la chasteté, la modération à table, studiosité (attention conduisant à l'amour)
Premier secret de la vie étudiante est dans la hauteur de la motivation et donc dans le poids d'amour que donnera la studiosité pour appliquer l'esprit et son travail. Motivation à entretenir. La fin est la raison d'être de chaque chose. Besoin de la pureté d'intention. Intellectuel est désintéressement dans la recherche, humilité et effacement dans la possession. (courage de dire que nous ne savons pas ou que nous doutons, humilité, le partage intellectuel ne me fait rien perdre.
Résumé: nous allons de l'intention (la motivation de la volonté) à l'intuition (le travail intellectuel) par la nécessaire médiation de l'attention (la vertu de studiosité). Studiosité est juste milieu entre curiosité et paresse intellectuelle.
La douceur se voit par colère bien réglée. Inhibés sont remplis de tempête
Sobriété, jeune, rendre gloire à la beauté

Conclusion : tout cela est parfait mais n'est pas suffisant.
Que sont les vertus théologales ?
intelligence, vérités saisies sous une lumière divine : foi
Mouvement d'intention qui tend vers cette fin : espérance tendre vers un bien ardu
volonté transformée par union spirituelle, charité

lundi 27 juin 2016

Deux Woody Allen méconnus - Deux conversions de femme

Coup sur coup, j'ai vu deux films de Woody Allen. Ils sont très rapprochés dans la filmographie du cinéaste et témoignent d'une profonde unité d'inspiration du cinéaste tout en montrant la  "schizophrénie" formelle de l'auteur.

Broadway Danny Rose 1984 (BDR)
Afficher l'image d'origineNew York, début 80,  dans un petit bouiboui,  des artistes de music-hall, se donnent quelques conseils et évoquent soudainement un agent d'artistes (Danny Rose joué par Woody Allen) fantasques, attachant et tirant le diable par la queue (comme eux tous). Cette évocation sera le sujet du film. L'histoire est folle en effet. Danny Rose s'occupe d'un chanteur de variété d'origine italienne qui eut un peu de succès 15 ans auparavant. Il tente de le remonter malgré ses crises, son romantisme, son alcoolisme et le fait qu'il soit ingérable. Un concert est organisé sous peu, c'est l'occasion pour lui de remonter la pente. Mais patatra, son amante l'a croisé avec sa femme et lui fait une scène. Nous allons voir tous les efforts de Danny pour ramener cette femme (Tina) au concert sachant que son absence provoquerait une crise d'alcoolisme de son poulain au pire moment. Cette recherche de cette blonde sexy, malheureuse et autoritaire se passera au milieu de quiproquo et de malentendus. Pris par son petit copain par des mafieux italiens où elle passe une journée festive, ils seront pourchassés, menacés, ligotés, mais tout finira bien puisque Tina assistera au concert et le chanteur fera un succès qui relancera sa carrière. Mais cette Tina préparait le changement d'agent pour Lou. Danny retourne avec ses artistes minables et fidèles. Tina vivra avec son chanteur avant de tenter de retourner avec Danny qui lui manque sans qu'elle ne puisse véritablement le comprendre. Danny pardonnera. Les artistes que nous avions vu au départ porte un toaste à Danny n'a t-il pas un sandwich à son nom dans ce restaurant...

Une autre femme 1988
Afficher l'image d'origineUne femme, la cinquantaine, professeur de philo, mariée, une belle-fille. Elle est heureuse de sa vie (C'est ce qu'elle nous raconte au départ). Elle écrit un nouveau livre et travaille dans un petit appartement jouxtant un psychologue. Elle entend soudain des bribes de conversation. En particulier d'une jeune femme enceinte. Elle tente d'étouffer le son mais n'y arrive plus. Cet événement coïncide avec (ou provoque) la dure réalisation de l'échec de sa vie, de ses mariages, de ses amours, de ses relations avec sa famille et ses amis. Elle était une autre femme qu'elle-même, elle avait bâti sa vie sur des mensonges. Elle part refaire sa vie, réparer ce qui l'est encore et pleurer avec miséricorde sur les moments qui auraient pu tout changer mais qui ne reviendront pas.

Forme : Music Hall vs Gymnopédies de Satie

BDR suit la trace du music Hall, de ses humoristes, des ses chanteurs minables, de ses succès faciles, de ses ratés, de ses ficelles, de ses petits bouibouis, de sa sociologie populaire, grassouillette, en paillette. Le noir et blanc du film surprend mais relève la noirceur d'un monde qui se voudrait, lui, plus coloré. Il y a aussi ses italiens haut en couleur, pseudo mafieux, rivalitaires, aimant la vendetta et les voyantes catholiques (pseudo Marthe Robin que Tina voit régulièrement). Tout est too much comme le music hall que revendique le film et que Woody Allen a côtoyé. Hommage et lucidité. Ce film est too much. L'histoire aussi est too much. La bêtise et la roublardise de notre chanteur est too much, les artistes ratées de Danny sont over ratés. Tina par sa méchanceté et son accoutrement est too much.

Afficher l'image d'origine
Dans Une autre femme. Tout est subtil. Les gymnopédies de Satie rythme le film. Pour celui-ci, il a demandé le service du directeur de la photographie de Bergman. Nous retrouvons la pureté de l'image, les traits fins, les couleurs douces. Le beige domine allègrement les plans, il y a de la verdure et des photos vivantes de toutes beautés. Le beau et le subtil domine chaque plan. Il n'y a pas un plan, un dialogue en trop. Tout accompagne le sens du film. Nous sommes tenu en haleine par une intrigue très fine mais intense à chaque moment. Un rayon laser, là où BDR explosait dans tous les sens. Le milieu social intellectuel et bourgeois tranche aussi avec le premier film.

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Fond : Unité dans la vérité déchirante menant à la miséricorde
La forme diamétralement opposé des deux films n’empêche pas une unité fantastique basée sur une sagesse humaine et chrétienne en dernier lieu selon moi.
Dans BDR, si Danny Rose semble le héros du film par sa position dans l'histoire, la véritable héroïne est Tina. Le chanteur Lou est fou d'elle et lui envoie pratiquement tous les jours une rose blanche facturée au nom de Danny. Quand nous la rencontrons la première fois, nous voyons une blonde à forte poitrine détestable et rugissant comme un dragon parce qu' elle a vu son homme au bras de sa femme. Nous découvrons une Tina insupportable, irritable, irritante, superstitieuse, adepte du struggle for life, Pas de culpabilisation, il y a aucun intérêt à vivre comme un boy scout. Profites de tout (surtout de la faiblesse des autres tant que tu peux), bas toi, rien n'est donné, ne donne rien.
"Ma philosophie, c'est, cela ne dure pas longtemps, alors profites en, si tu veux quelque-chose, fonce. Fais pas attention aux autres et lâche les avant qu'ils te lâchent."
Il y aura ensuite la trahison de Tina et Lou. Mais nous verrons une Tina malheureuse, en pleine confusion qui reviendra auprès de Danny Rose chez qui elle a senti une vérité humaine. Il hésite, elle lui rappelle son dicton de son grand oncle "accepter, pardonner, aimer". La personne se transformant est bien Tina, mais sa transformation est due à Dany Rose. Le looser n'est pas celui que l'on croit, celui qui prend soin de l'humanité blessée, qui s'intéresse et soutient le malheureux, l'original, le décalé et qui a force se pose en décalage face à une société où il ne peut y avoir que succès, écrasement, force et rivalité. Son repas de Thanksgiving est le modèle de sa vie avec ses artistes ratés. Mais il est dans l'action de grâce des vies minuscules, des gens de la common decency. La conversion de Tina passe par cette contemplation.
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Dans "Une autre femme", tout est significatif, le son, l'image, les rencontres font de ce film un petit bijou de sens que l'on peut rapprocher de BDR malgré leurs grandes différences de forme. Nous rencontrons une femmes fière d'elle-même, ayant bâti une carrière universitaire philosophique brillante et d'auteur. Sa fierté est grande pourtant lors de l'écriture d'un livre, les paroles d'une femme en visite chez un psychologue s'insinuent dans le lieu où elle travaille. Elle veut fermer ses fissures, mais n'y arrive plus et écoute cette femme. Cette femme, parle de la déchirure en elle et de son malheur identitaire. Sans en rendre compte, la crise identitaire de cette femme (enceinte) sera la sienne. Elle fera un plongeon dans ses souvenirs par quelques rencontres, quelques relectures. Un travail de mémoire que certains pourraient appeler psychologique (et c'est probablement cette démarche que souhaite illustrer Allen...)Nous nous rendons compte avec elle que sa relation avec son père, son frère, sa belle-fille, son ancien mari, l'homme par qui elle est séduite, son ancienne meilleure amie sont faussées. Le film montre sa prise de conscience de ce que toute sa subjectivité ne lui avait pas permis de saisir sur son manque d'amour, ses manipulations, son égoïsme, comment elle avait partagé l'égoïsme de son père, été aveugle sur le malheur de sa mère, comment ses relations avec son ancienne meilleure amie était marquée par la rivalité. Non, elle n'a pas aimé et toute sa vie est un désastre qui lui saute aux yeux désormais, ses livres et sa carrière furent destructeur de vie, de relation et amour manqué. Il n'y a plus rien que l'espoir porteur de fécondité, pour des relations nouvelles sous le signe du pardon, de l'écoute et de l'acceptation. Pour une vie qui ne laisse plus place à une foire aux vanités inconscientes mais retrouver la réalité dans la relation aux plus proches.Afficher l'image d'origine

Peut-être que le lien entre les deux films parait plus évident. Je crois que nous pouvons voir cette sagesse dans d'autres films de Allen, l'observation de la vanité du monde et la foi que le monde appartient à ceux qui ne jouent pas ou plus le jeu de celui-ci, par prise de conscience ou même par faiblesse. 
Heureux les pauvres d'esprit, le royaume de Dieu est à eux.
Que ce soit par l'ôde au looser (Broadway Danny Rose) ou la conversion intérieure d'une femme faisant face à sa vanité. (Another women)




A noter aussi :
BDR
Barney Dunn, le malheur du monde
Tina et Danny s'échappant des liens par le contact des corps, une sexualité retrouvée ?
La course poursuite avec hélium
Les super héros
Les spectacles de Music Hall
La fête italienne, la rivalité anti monétaire, la madre et son fils sensible
décoratrice d'intérieur
la pseudo Marthe Robin italo americaine.

Another Woman
Bach et les souvenir de jeunesse
l'amour sur le parquet
La scène de l'ancienne femme
Pardonne moi si j'ai fait quelque chose de mal
La coiffure
La panthère
La scène du théâtre
La conversation avec son premier mari
La couleur beige et chaude du film
Le film est un  petit bijou esthétique et symbolique
La voix de la conscience que l'on arrive plus à bloquer par les coussins

jeudi 9 juin 2016

Felix Mendelssohn

Afficher l'image d'origineJe trouve que Mendelssohn a une place particulière dans la musique classique. Il est une star, nous avons tous entendu son nom, il est diffusé sans cesse, il possède quelques tubes, mais on le saisit assez peu. Nous avons du mal à le décrire.
Sa vie aussi est particulière. Enfant prodige, à 12 ans, il traduit du latin et publie ses traductions au même age. Goethe admire ses talents, il peint admirablement, il chante tout aussi bien. Son père est un riche banquier vivant à Berlin au cœur de la vie culturelle et mondaine, c'est l'époque de Hegel, de Heine (et de Clausewitz...).  Il reçoit une éducation soignée. Jeune homme, à vingt ans, il est le premier chef d'orchestre à jouer du Bach depuis la mort de celui-ci (cela fait 80 ans...) Il se passionne pour Haendel. Il admire Schubert, il voyage en Italie, en Angleterre, en France. Il croise Chopin, Liszt, Berlioz, Rossini.... C'est un brillant étudiant en sciences humaines, philologie, philosophie, géographie, zoologie. Ses œuvres le rendent célèbres, il est nommé par le roi de Prusse pour organiser la vie musicale.. Il est célèbre, heureux avec son épouse et leurs cinq enfants.

Que croit cet homme, en quoi pense t- il ? Je ne sais pas trop. Cela m'intéresserait de le savoir... Était il Hegelien, Clausewitzien, romantique, nostalgique de l'age baroque ? Romantique ? Classique ? Je le sens à la frontière et déchiré. Ses chorales sont incroyablement proche de Bach mais en même temps, on sent un ajout romantique dans ses harmonies sereines et sobre.
Il est déchiré entre la foi juive et protestante. Son grand père Moses Mendelssohn est le théoricien du judaïsme réformé, "des lumières" et aura une influence considérable dans le judaisme européen. Son père l'éduquera sans religion avant lui-même de se convertir et d'emmener Felix dans une foi chrétienne sincère et forte comme le signale les oratorios Paulus, Elijah, les psaumes ou encore la symphonie n°2. 
Déchiré aussi par la dépression, comme lors de la mort de son père et surtout celle de sa soeur Fanny, amie, âme sœur et compositrice elle aussi. Dépression qui sera suivi (conséquence ?) de sa mort par apoplexie à 38 ans en 1949. Cette annonce attriste toute l'Europe.
Cet article pense que cet âme trop pure, trop successful, trop bénie des dieux n'étaient pas prêtes pour le malheur. J'ai l'intuition que c'est un grave malentendu. Cet homme a connu l'humiliation napoléonienne, une éducation très stricte et prête à toutes les guerres et les combats de l'intelligence. Il est au cœur du combat entre religion et philosophie, il doit voir la montée en puissance de la Prusse revancharde. Non Mendelssohn n'est pas un ange descendu des cieux, comme tout génie, (et même le génie de la clarté musicale) est marquée par l'ambivalence de la vie, de son bonheur, de sa tragédie et sa sensibilité (confirmé par Thierry Escaich parlant du paradoxe entre la clarté des mélodies de Mendelssohn et sa récurrente dépression). Il y a des gouffres. Sa capacité d'être "mozartien" comme disent beaucoup (traduire par capable d'être guilleret dans ce monde de douleur) est en fait un compliment dont ceux qui l'énoncent ne voient guère. C'est l'homme capable de dire la beauté transcendante du moment présent. Trop parfait ? N'entendez vous pas les gouffres de cette musique si majestueusement construite et si efficace sensoriellement ? Cet homme ne jouait il pas au bras de fer permanent avec le mal... Ne fut il pas mort d'avoir trop combattu ?

A écouter.
Chansons sans paroles.

Elijah

Paulus

Lobesgang 

Lauda Sion

Octuor




Et encore tant à découvrir