dimanche 28 mai 2017

Veronique Dufief et le desir métaphysique du manico déressif

J’ai rencontré par les hasards du net,(ici, , encore ici et la) Veronique Dufief, qui en plus d’une large expérience sur la littérature du 19e, exprime par livres, interviews et conférences son histoire avec la maladie de la bipolarité. Je vous propose quelques vidéos et souhaite commenter deux interviews. On peut être rebuté par la dimension psychologo-spirituello-hypersensible mais il me semble qu’il y a là quelque chose d’important et de profond. Je ferai même des points de liaison avec René Girard (on ne se refait pas…)

A travers ce témoignage, Veronique Dufief nous fait sentir la souffrance des maladies psychologiques et particulièrement de la bipolarité, syndrome maniaco-dépressif. Désespoir, tristesse, abandon, manie, « siphonné », exutoire délirant et souffrance dont on distingue les causes mais qui reste là avec son manque et son trou. (Le mal de vivre de Barbara comme image ?)
Elle ne mésestime pas la dimension chimique des traitements et leur utilité, elle parle de leur dimension sociologique mais elle se concentre sur leur dimension spirituelle. Elle est là pour partager une expérience de foi au Christ qui guérit.
Elle affirme que la bipolarité est l’accentuation dramatique et maladive (Hubris ?) de la situation psychologique des hommes. Nous avons tous le trou, le manque d’amour. Les bipolaires sont quasiment la démonstration par la folie de la dimension métaphysique du désir humain. Nous savons ce trou, ce désir d’aimer et d’être aimé. Mme Dufief y voit la source du désir humain infini et la base de notre individualité, et la possibilité de la relation et de l’extériorité. On ne vainc pas ce trou, il est toujours déjà présent, on ne le combat pas.
Son chemin de « guérison » (déjà présente mais toujours à venir) a été l’acceptation, le consentement à l’existence de ce trou, de ces souffrances qui y sont lié. Ce consentement a été permis, selon elle, par sa relation avec Dieu qui est l’inconnu de ce manque. Accepter cette souffrance, accepter même que notre relation à Dieu soit blessée (blessure qui crée ce manque ou l’inverse fou du délire « mystico-dingo ») et en faire un chemin avec le Seigneur et son amour pour nous et un chemin du retour à la réalité.
Son livre s’appelle la souffrance désarmée. Beau titre indiquant un chemin où la souffrance ne serait plus armée de la révolte, de la colère et de la peur. Elle dit dans une vidéo que nous pouvons même faire de notre souffrance un doudou, une arme contre le monde entier et contre nous-mêmes.
Ne luttons plus, déposons les armes ? Message horriblement pacifique et illusoire ? Que dans la mesure où nous ne voyons pas que notre révolte devient lutte armée contre le fameux trou et donc nous-mêmes…
Mme Dufief en vient à dire que les malades peuvent devenir comme le Christ des guérisseurs souffrant en faisant découvrir aux autres cet abandon de l’amour désarmé.

Dire que la bipolarité est l’expérience de tout homme me semble très proche de la « sagesse girardienne ». Dufief (a-t-elle lu Girard ? C’est fort possible en tant que prof de littérature….) voit le manque universel, qu’elle associe au désir et à l’institution de l’individualité. Comment ne pas se souvenir de l’aveu de Girard : Tout désir est désir d’être. Une grande partie du travail de Girard sur le désir mimétique est de montrer que notre désir n’est pas autonome, qu’il ne sait pas que désirer et que s’il ne s’arrête pas en Dieu, il se plonge dans les faux infinis, les mécanismes de violences contre soi-même, les autres. La bipolarité est selon lui le mouvement naturel du désir face aux obstacles que sont devenus les autres pour nous. Nous le surpassons, mais il nous arrête d’autant mieux que nous avons cru le surpasser. C’est le scandale girardien. Une fois pris dans la dialectique de l’obstacle, nous ne pouvons plus en sortir. Chez le bipolaires, les hauts et les bas face aux obstacles sont décuplés et approchent du délire. Il y a des pages admirables chez Girard (notamment quand il écrit sur Hölderlin) et Oughourlian sur ces phénomènes. Nous sommes tous malade d’amour, nous sommes tous fous dans une certaine mesure, cette lucidité est le chemin obligatoire pour la guérison.
« Le maniaco-dépressif a une conscience particulièrement aiguë de la dépendance radicale où sont les hommes à l’égard les uns des autres et de l’incertitude qui en résulte. Comme il voit que tout, autour de lui, est image, imitation et admiration (imago et imitare, c’est la même racine), il désire ardemment l’admiration des autres, c’est-à-dire la polarisation sur lui-même de tous les désirs mimétiques et il vit l’incertitude inévitable – le caractère mimétique du résultat – avec une intensité tragique. Le moindre signe d’accueil ou de rejet, d’estime ou de dédain, le plonge dans la nuit du désespoir ou dans des extases surhumaines. Tantôt il se voit au sommet d’une pyramide qui est celle de l’être dans son ensemble, tantôt au contraire, cette pyramide s’inverse, et comme il en occupe toujours la pointe, le voilà dans la position la plus humiliée, écrasé par l’univers entier. (Des choses cachées… pp. 331-332)
Dufief retrouve Girard dans son analyse du désir métaphysique (mais en ne s’attachant pas au modèle mais directement au manque) et de l’invitation à retrouver le Christ comme objet de notre désir, à se reconnaître humblement pris dans les filets de ce désir compliqué qui nous constitue.  Cet abandon dont elle parle est l’abandon de toutes les rivalités absurdes, la reconnaissance de nos blessures et le refus de tout ressentiment. Chemin qui semble simple mais qui est le chemin d’une vie.
Un girardien peut être surpris par l’absence des médiateurs dans son discours. Mais il est présent et évoqué : Dans une vidéo, on peut se moquer de son ton et langage fleuri, Il faut, dit-elle, être fleur parmi les fleurs. Il faut accepter d’être une parmi les autres, refuser de voir les autres comme obstacle. Aussi, son récit de joie face aux personnes dans un centre commercial est magnifique. Pas de jugement (péché de la pensée), pouvoir s’émerveiller de voir toutes ses personnes exprimer leur désir (quand bien même mal dirigée). S’émerveiller du désir humain, voir la souffrance comme un signe. Acceptation de celle-ci non sado masochiste mais comme symptôme malheureux (depuis le péché originel) d’une rencontre divine heureuse et joyeuse. Je suis présent et je me réjouis de la présence des autres. N’y a-t’il pas ici, une merveilleuse illustration de cette phrase de Girard. Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer.

Il y aurait beaucoup à dire encore, notamment sur le romantisme étudié par Mme Dufief… sur le chemin de résurrection proposé qui est un passage du mensonge romantique à la vérité romanesque. Etc…

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Dans toutes les expressions du mal, il y a une demande d’amour qui est trace de Dieu et demande de dieu.
Face à la souffrance, redonner à Dieu sa place et assumer la sienne qui est toujours une place d’impuissance. Peur, révolte, colère laissent la place au désir d’être aimant.
Aspiration à l’amour mais refus de se laisser aimer.
Solitude, déréliction, drogue du travail.
Souffrance encore, chemin avec le Seigneur.   
Délire mystique, malade du Seigneur ? Importance de la frontière mystico dingo et folle de dieu
Manie : manière maladive d’être dans un présent irréel. Recherche de signes. Malade dans sa relation avec Dieu.
Mais même folle, j’étais encore la bien aimée du Seigneur, maladie d’amour.
Maladie à traiter médicalement, sociologiquement et spirituellement.
Un statut : pour souffrir pour les autres. Car celui qui accepte de tomber dans les bras de la faiblesse rend à tout son entourage le service de permettre la découverte de l’amour désarmé. Tous les malades sont, à l’image du Christ, des « guérisseurs souffrants ».
Arrêt de la lutte frontale.
Arrêt de la question de la vocation pour l’accueil de ce qui est donné.

Cette souffrance ? Trou inévitable  qu’on ne peut combler… On s’en protège, on coupe sa sensibilité.
Lien entre guérir et être capable de souffrance, de l’accueillir pour ce qu’elle est, avec tous ceux qui souffrent. Un peu comme quelqu’un qui, après s’être débattu dans la mer par peur de s’y noyer, découvre qu’il lui suffit de flotter paisiblement. Dès que l’on dit « oui », on est dans la proximité du Seigneur.
http://www.france-catholique.fr/La-Souffrance-desarmee.html

FranceCatholique
Intelligence de la souffrance. Souffrance désarmée car souffrance qui aurait perdu sa révolte, chemin de consentement et d’abandon, lutter par la douceur en épousant mouvement de la vie.
Bipolarité, accentuation de ce que chacun vit et facilite observation de la psychologie humaine (le monde nous ressemble…)
Utilité de la psychanalyse et des cause diverses, mais à un moment, souffrance. Habitation du manque. Fondement de la vie et non maladie…Possibilité de la relation, car ce qui nous sépare de l’autre, désir… Il n’y a pas de victoire finale, il faut acquiescer… Dire oui à chaque instant. Docilité, écoute. Péché, du jugement en pensée…
 


Communion dans la fragilité avec le Seigneur




mardi 9 mai 2017

Solzhenytsine à Harvard


Vous trouverez ci-dessous un résumé personnel du discours de Soljenitsyne à Harvard en 1978.

Vous trouverez ici la version originale et la version française.

Je hais le modèle socialiste soviétique qui m’a persécuté mais vous, occidentaux triomphants, n’êtes pas non plus un modèle pour le monde.
Vous êtes malheureux.
Vous êtes lâches.
Votre confort vous a amolli.
Votre recherche de bonheur institutionnalisée et concurrentielle est contreproductive.
Vous êtes complètement déspiritualisé, regardez votre peu de souci du bien commun et de la défense de vos intérêts !
Vous avez un système légaliste dont vous êtes moralement fier mais qui n’est outil d’expert pour discussions médiocres et paralysée face à la vraie violence et au mal.
Vos thèses sociales de la violence sont inaptes.
Votre liberté des médias est un jeu d’opinion impuni, inutile et nocif et un flot d’information débilitant.
Elle crée une conformité mainstream fière d’elle-même mais nocive.
Vos penseurs originaux sont bloqués face à la pesanteur de la masse abrutie.
Votre art tombe.
Votre élite tombe.
Vous n’avez plus que le vernis de la civilisation.
Vos sourires omniprésents vous cachent à vous-mêmes le combat spirituel sanglant.
Les raisons du déclin ?
Ce n’est pas du premièrement à une trahison mais à votre fidélité à l’erreur d’une pensée moderne humaniste rationaliste du culte de l’homme.
Certes la pensée moderne a fui aussi la pensée médiéviste pour de bonnes raisons, pas assez incarnée. Mais vous avez perdu le fil de la transmission concernant le lien entre transcendance et liberté malgré les hauteurs de l’héritage moral et les merveilles de la miséricorde.
Bref vous êtes en crise spirituelle et en impasse politique comme à l’est.
C’est normal, l’humanisme matérialiste est le creuset de la pensée des deux côtés du mur. Frères jumeaux destructeurs…
Même espoir vain dans le politico-social scientiste.
Même matérialisme sans frein.
Même « libération » de la religion.
Vous avez perdu le sens de la mort, du devoir et des buts élevés.
Rien ne modère plus vos passions.
Nous vivons une époque charnière, soyons en à la hauteur sans mépris de notre nature physique et spirituelle.

jeudi 27 avril 2017

chesterton - why i am catholic ?

Pourquoi je suis catholique ?
Au-delà des bonnes raisons personnelles et sociales, Chesterton défend ici l’idée d’une Église, gardienne de la vérité, seule à même de nous permettre de retrouver les vérités essentielles et de nous éduquer à la raison contre les hérésies et le chaos intellectuel contemporain. Ouvrons les yeux sur les vieilles idées dangereuses recyclées en idée neuves et sexy. Embrassons l'Eglise de tout notre intelligence.

résumons...

Je pourrais faire un listing sans fin et original, dit Chesterton sur les vertus qu'Elle apporte, ce qui est bon pour l’homme…
Je pourrais parler de ma conversion intime mais cela réduirait la chose qui est finalement plus vaste que moi, nous parlons tout de même de la gardienne de la vérité…
Contre les idées nouvelles ??? Pas vraiment, ces idées que vous appelez nouvelles sont des vieilles idées recyclées alors que l’Église ne cesse de de devancer historiquement tout le monde pour le développement des idées véritablement nouvelles qu’elle n’hésite pas non plus à partager. Bref, Elle est l’ennemie des modes influentes.
Chesterton note que ces vieilles idées nocives apparaissent innocentes au prime abord. Exemples : Les actes sont mauvais seulement s’ils nuisent à la société. Nos conflits moraux devraient finir par une victoire du spirituel contre le matériel.
La première phrase finit par l’esclavagisme, et la seconde par le mépris de la création et de son propre corps.
L’Église balisent dogmatiquement depuis deux millénaires, les autres écoles de pensée et de spiritualité ne sont pas préparées à tous les dangers
Elle a dans son escarcelle de quoi combattre contre toutes les hérésies présentes et futures, idolâtrique, ascétique, attaque contre la raison humaine des faux pragmatismes humains.
Elle garde le meilleur des hérésies, elle est au-delà des combats mimétiques absurdes comme celui entre les rationalistes et fondamentalistes. La Bible continuera toujours de parler à ce qui a de plus haut en l’homme au-delà de toute allégorie ou de littéralité.
Chesterton diagnostique un monde intellectuel en perdition. L’Eglise est et sera le lieu de la défense de l’homme, il propose quelques mots d’ordre de survie.
Défendons nos truismes humains et rendons les universaux.
Prévenons le morne retour des anciennes erreurs
Rendons le monde intellectuel plus sûr pour la démocratie.
Mais face à ce chaos mental général, les idées sombrent depuis que nous avons abandonné la volonté de conserver la vérité centrale et civilisatrice du Christ qui permet à toutes les autres vérités de se maintenir. Depuis chacun fait sa vérité et nous n’avons plus que l’erreur de l’idéologie.
L'Église est le lieu de ce procès des idéologies.

mardi 18 avril 2017

Pasolini, Badiou, révolution et Saint Paul

Paul Jorion commente ici un livre sorti il y a peu. Un livre des notes de Pasolini sur un film qu'il aurait aimé faire sur Saint Paul mais annulé pour des raisons de budget essentiellement. Badiou a écrit la préface de ce recueil de notes.

Pasolini aurait voulu garder les paroles telles quelles de ses lettres ou les événements de sa vie dans les actes des Apôtres, tout en filmant dans un décor des années 1970 et montrer le caractère révolutionnaire de son discours démolissant "un modèle de société fondé sur l'inégalité sociale, l'impérialisme et l'esclavagisme".
Pasolini se seraient moqué des intellectuels actuels qui discréditent sa pensée (comme les athéniens) même s'il semble que lui même avait du mal avec sa "misogynie" et son "respect des autorités en charge."
Préfiguration de Lénine pour Badiou, instaurateur de l’Église pour créer un sas entre le monde et les groupuscules révolutionnaires qui seront dans le monde et hors du monde. Badiou exprime une comparaison entre le parti et l’Église, toutes deux corruptibles avec le temps. "Le génie qui a créé l’Église  n'y reconnait plus, ou très difficilement, ce au nom de quoi il l'a précisément créée.
Pasolini voit aussi que la difficulté d'appliquer les principes transforment les institutions pour des fins justifiant les moyens vers une situation où cette fin sera sacrifiée.
Le film aurait montré le paradoxe de tous les gauchistes, l'obligation d'une utopie salvatrice et la quasi impossibilité d'une réalisation pratique qui ne se transforme en naufrage ou au contre exemple initial.
Le message parfait de Jésus sera toujours coupé par les institutions sensées le porter, pense Pasolini.
Il ne comprend pas Paul non plus quand il désire maintenir certaines "formes" impossibles à tenir selon lui, les formules doivent mourir vite. Il faut une Église qui contesterait toute forme d'autorité.
Institue la révolution anti institution. Injonction contradictoire où toute utopie se détruit.
Il y quelque chose de chimiquement pur dans la prose de Pasolini tel que rapportée par Jorion...
C'est l'incompréhension de l'Eglise comme lieu de miséricorde et lieu de l'Eucharistie qui représente, elle particulièrement, le principe de la pierre qu'auront rejeté les bâtisseurs sera la pierre d'angle. Bref, Ils jettent le Christ avec l'eau de L'Eglise.
Combien de chrétiens ont conscience de la position de l'Eglise qui comme le Christ est le point stable pour les hommes, elle l'est pour les institutions humaines depuis la venue du Christ ? Peu importe. Vivons ce lieu, comme nous pouvons, comme cette institution anti institution pour être la vraie institution avec ses pesanteurs et ses grâces.




vendredi 31 mars 2017

Colosimo sur l'unité des Chrétiens



samedi 18 mars 2017

Magnifique exemple d'illusion libérale

J'aimerais vous faire partager ce petit article très édifiant de Nicolas Bouzou. Il est très représentatif d'une certaine justesse libérale accompagnée de ces grandes illusions. Il aimerait donner un nouvel élan au progressisme dans sa version libérale.
Cet article me permet de reprendre certains articles passés pour résumer ce que je vois comme des gentils impasses orgueilleuses.

Bref résumé et deux citations :

Nous connaissons une mutation techno-technologique en cours, création destructrice sans précédent. Elle n'est pas indépendant à la montée de la violence dans le monde. Perte de repère, blessures narcissiques. Copernic, Darwin. Le fondamentalisme est en réaction à la science qui sécularise.
"Aujourd'hui, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, la génétique, les énergies propres ou la révolution spatiale nous font de nouveau basculer dans un nouveau monde qui tue l'ancien, celui des agendas papiers, de la voiture à essence et des stations-services, de la médecine clinique et du salariat."
D'immenses questions d'éthique arrivent. Ces périodes Schumpeteriennes renforcent le conflit entre les prétendant à une société ouverte et les autres et qui de fait s'allient avec les fondamentalistes religieux et nationalistes.
Dans l'histoire, il y a des déclencheurs et des facilitateurs, mais sur le temps long, les périodes de violence correspondent à des périodes de destructions créatrices.
Tout est toujours une histoire de blessures narcissiques d'un monde en changement. Il n'est point trop question ici de pauvreté mais de refus de l'ouverture et du modernisme. Le terrorisme peut se greffer sur n'importe quel récit qui considère le monde tel qu'il est comme un bateau qui coule. Non améliorable et non aimable. Il partage l'idéologie du c'était mieux avant.
"c'est à nous, les progressistes et les libéraux modérés, de la faire mentir et de bâtir le récit philosophique confiant du monde qui vient, pour contribuer à faire reculer la violence."
Quelques commentaires.
Il y a beaucoup de choses résumées en quelques lignes de cet article. Certes ce n'est qu'un tout petit papier et n'est pas Baverez qui veut mais je suis effaré par le manque de perspective historique, et de non questionnement de l'économie, de la religion et son manichéisme qui lui permet de classer les bons et les gentils par une méthode limitée et anti-religieuse de principe, elle ressemble au méthode mafieuse des défenseurs de la mondialisation. Nous n'avons pas le choix, et tout questionnement de principe sur le bien fondé du progrès est un fondamentalisme, un terrorisme, un homme marqué par l'humiliation narcissique.

Comment discuter ?

Puis je proposer des points de discussion  pour initier un débat.

La violence de l'économie
A Crise de foi
a partir de ce document, j'aimerais interroger Bouzou sur la fin de l'économie. Devons nous la servir ou est elle au service de la population ? Ne voit il pas l'ambivalence de l'économie ? 
Il la voit, il l'appelle la destruction créatrice de Schumpeter, l'ambivalence est dans le mot même, mais celle-ci est montrée pour mieux l'ignorer. Il faut accepter cette violence pour ce qu'elle apporte. État d'esprit d’idolâtre, soyons prêt à tout ce que nous dicte l'idole. Sacrifions, ce qui est à sacrifier. Symbole d'une cléricature qui veut faire le bien du monde entier sans se faire frère.
Bouzou ne voit pas qu'il dit que l'économie est la violence et la barrière des hommes pour contenir la violence. Il avoue la sacralité de l'économie, bonne violence institutionnalisée. Nous vivons la mise en doute de cette violence institutionnalisée. On peut s'effarer devant un monde qui ne croit plus en rien et devenir fondamentaliste, c'est un risque, on peut aussi comme Mr Bouzou jouer au grand prêtre naïf. Croyons, croyons et ne soyons pas méchant. Il aimerait faire revivre la grande flamme du progressisme.

B Déchainement mimétique
Relisons cet article interne
Bouzou est surpris par le déchainement des violences, il parle de blessures narcissiques. C'est très intéressant. Il parle en quelque sorte du ressentiment métaphysique et du ressentiment des looser face aux avancées du progrès. C'est, dit-il, ce que nous avons toujours vu.
Il y a deux choses. Il y a en effet le mimétisme des looser dont il ne voit pas qu'il est le winner. Soyez du bon coté, camarade, dans la folie mimétique moderne de l'appropriation des signes extérieures de succès et d'ouverture. 
Il y a ensuite une lucidité sur le fait que le mouvement progressiste tue les idoles humaines (même si sa version des découvertes galiléenne et copernicienne est une image d’Épinal confortable mais dont il évacue toute subtilité philosophique, voir ici pour les plus courageux). Il demande finalement à ce que les hommes se rendent à la vérité démystificatrice de son progressisme efficace et technologique. Illusion, il surfe sur la vague démystificatrice et joue le bon rôle du progrès sans voir l'ambivalence et en quoi, il est lui même mystifié. Face aux passions de l'inégalité, Bouzou demande aux personnes de prendre leur responsabilité et de penser comme lui au lieu d'être blessé narcissiquement. Je suis un winner, faites comme moi, bande de looser. Mensonge romantique qui part de la vérité du ressentiment et du déchainement mimétique dont il est le grand prêtre. Peut on jouer un jeu idiot, le gagner et reprocher au perdant de ne pas être vainqueur ? C'est le jeu de Mr Bouzou. Il croit à un grand mouvement progressiste croyant que tout le monde acceptant les règles du jeu, il n'y aura plus de ressentiment sur la justice. Bouzou comme tout bon progressiste ignore le risque d'anomie qu'il voit  sans en voir la responsabilité de ce qu'il promeut.

C Le religieux comme source de la violence.
Derrière toutes les illusions invoquées, partout en filigrane, demeure la thèse que la religion, obscurité, est la source de toute la violence.
Tous les progressistes, ici, se donnent la main, du plus grand souverainiste au plus grand mondialisateur. Ceci est bien résumé ici en anglais. ou sur cette image.

Il est intéressant de relire cet article interne (encore !?). Il propose une histoire schématisée du progressisme et montre les dangers du post modernisme. C'est encore un part de vérité de Bouzou, oui, le fondamentalisme est en effet un tentation moderne, mais il ne voit pas que les modèles qu'il donne en exemple sont aussi une tentation moderne. Le technicisme ou le post humanisme qui est une manière comme l'autre d'oublier l'homme.

L'humanisme de Bouzou n'est pas désirable, son ennemi est le notre mais son argumentation manichéenne ne voit pas qu'il peut être, lui-même son frère jumeau. Certes, Bouzou n'est pas ce qui semble le plus dangereux à court terme, n'est il pas une queue de comète d'une ancienne et vieille illusion ?
Une ancienne illusion qui a pu pouvoir prendre sur elle, l'origine de tout progrès sans voir qu'il n'existait qu'un seul progressisme, celui du progrès de l'accueil de la révélation du Christ dans les cœurs. Naïf ? Je ne crois pas.

jeudi 9 mars 2017

Les urgences de Benoit XVI par René Girard



J’ai retrouvé sur le Figaro un texte de 2007 de René Girard où il profite de la sortie du Livre du Cardinal Ratzinger – Benoit XVI, Jésus de Nazareth pour dire combien, encore après Ratisbonne, il est en droite ligne avec le Pape et combien ses travaux font échos aux siens. Au-delà de toute illusion de l’époque historico critique de l’analyse de l’Evangile (et de tout fidéisme de la divinité du Christ), le travail de Benoit XVI montre combien nous pouvons enfin avec tranquillité unir le Jésus historique et le Jésus de la foi.  Combien nous pouvons avec sérénité développer un rapport intime avec Lui, à le découvrir comme unique bon médiateur, lui qui se caractérise par son unité au Père et son imitation.
Le centre de l’histoire devient la Passion, image centrale de la vie du Christ et de la révélation du don total de Dieu. Lieu central de la continuité et de la discontinuité. Jésus fut entrevu par les religions archaïques mais il signe la fin de la continuité sacrificielle, il révèle la violence sacrificielle et place les hommes face au choix de Dionysos ou du Christ, du sacré ou de la sainteté. Et nous met face à l’urgence de la rencontre du Dieu des béatitudes, juste proximité à Dieu avec Jésus, contre les conformismes de la violence planétaire, sacré frelaté et idolâtrique.
Dans cet article, rien de nouveau sous le soleil mais une confirmation synthétique. René Girard se sent moins seul, il est heureux de pousser avec le pape à une lecture eschatologique légitimée par les recherches historiques et exégétiques. Plus que jamais, la violence moderne nihiliste, cachée ou déchainée est le reflet d’une relation blessée à Dieu théorisée inconsciemment par l’archaïsme devenu idolâtrie (l’intuition du Christ est devenue singerie du Christ). Jésus n’est pas un détail de l’histoire, il y est au centre, et sa reconnaissance, son intimité doit nous être chère et urgente pour nous personnellement et le monde.

ci dessous quelques notes pendant la lecture....

lundi 6 février 2017

Grechuta

Magnifique albums
De mon temps polonais, je garde aussi Marek Grechuta. Chanteur des année 70-80 mort relativement jeune. Poésie, tentation avant-gardiste (surtout dans le second album ci dessous), joie des accents polonais, des rythmes, des traditions des mélodies et cordes slaves. Parmi toutes les chansons j'aimerais sauver de l'oubli "Ocalic od Zapomnienia". (2nde vidéo 24.30)
Poésie pour une femme dont nous souhaitons malgré tous les moments partagés oubliés que les yeux et le coeur soient sauvés de l'oubli. Echo pour moi à Baudelaire et au salut dans l'éternité.

 

samedi 14 janvier 2017

Qu'est ce qui fait qu'un roi est roi ? Olivier Py - Shakespeare, Roi Lear

Tout a commencé quand je cherchais des vidéos sur Samuel Rouvillois. Je suis tombé sur cette vidéo que je vous invite à écouter à partir de la trentième minute quand Oliver Py présente avec beaucoup d'érudition sa mise en scène du roi Lear de Shakespeare au festival d'Avignon de 2015. Toutes les critiques ne furent pas élogieuses. Mais son intervention m'a beaucoup intéressé.



Shakespeare a écrit le Roi Lear et Macbeth la même année. Une année d'interrogations sur le pouvoir en pleine crise de légitimité du roi Jacques 1er en Angleterre.
Qu'est ce qui fait qu'un roi est roi ?
Ses habits, sa couronne ? Un chien avec une couronne reste un chien (problématique de MacBeth,
MacBeth découvre quand il a brisé la couronne. La couronne qu'il met sur sa tete n'est pas celle qu'il convoitait. il devient fou.)
C'est la question que se pose le roi Lear, il abandonne ses signes tout en voulant rester roi et voir ce que cela fait ?  Il n'y a pas de légitimité divine à la royauté.
Olivier Py souhaite proposer deux faits à notre compréhension de la pièce, Shakespeare tente de défendre la légitimité du roi Jacques 1er contre tous les usurpateurs et les accusateurs d'usurpation. Ensuite, Shakespeare était catholique. Question insoluble pour la page wikipedia, par exemple, mais que le metteur en scène pose avec force, conviction et arguments intéressants. (Globe theater, moine de Roméo et Juliette)
Il souhaite articuler légitimité divine et personne sans pouvoir spirituel. Or Le roi Lear devient roi quand il est nu et s'interroge sur sa population. Sinon le pouvoir est toujours usurpation. Il le découvre avec terreur et peut être plus fortement quand il retrouve Cordelia, qu'il se réconcilie avec elle avec miséricorde (moment où le nom de Dieu peut être prononcé...). Il le découvre quand il rencontre sa propre mort.
Alors le pouvoir est impossible ? L'emprise de l'amour est la seule royauté et cela se combine avec le retour d'une parole pleine. Comme Cordelia qui la cherche par le silence ou le fou (mêmes acteurs dans les premières représentations à l'époque de shakespeare) qui parle avec sagesse.
Le roi Lear était l'homme de la parole performative. Sa parole ne le devient plus. (J'ordonne, j'exige, je demande, j'attends, j'accepte). La performativité de sa parole semblait assurer le lien entre la parole et le monde. Py créé un lien entre cette pièce et le problème de la politique et du théâtre contemporain. Votre parole n'est pas active, elle est vide.  Il n'y plus rien pour nous unir et nous diriger. Cette fin de la parole signe la dislocation du monde et de la nature représenté par la lutte des frères et contre le père et le symbole d'un monde qui se perd et ne se retrouve plus.
 Retrouvons notre parole pleine, ce que nous ressentons, ce que nous avons vraiment à dire pour refaire l'ordre du monde. Ainsi chacun sera roi si sa parole devient acte.
Invitation à accueillir sa mort, acte d'ouverture et de véritable connaissance par l'humilité. Invitation à garder les fous dans le châteaux, une institution ne vit qu'avec ce qui la critique, qui remet en cause, l'institution ne peut vivre que si elle est bringuebalante.

Ci-dessous une représentation en accéléré et en "sous-titres" explicatifs. Cela rejoint peut être le coté messager un peu trop fort que décrivait les critiques. Une interprétation vaut elle la pièce, mais tout n'est pas interprétation... Difficile combat... 
Le film reprend beaucoup de point développé dans l'interview mais très intéressant.





Ces vidéo variés sur la pièce de Shakespeare me faisait penser à une note ancienne sur la perception anthropologique de la royauté.
Régner revient à garantir l'ordre du monde et de la société, le roi est un personnage sacré.
On ne peut être que fasciné par la conscience anthropologique de Shakespeare. Il dessine un roi Lear qui interroge sa position et qui ne voit pas qu'il disloque par ce même geste l'ordre du monde et de la société. Cette dislocation a pour conséquences de donner des réponses aux questions de Lear. Et toutes les questions sur le pouvoir peuvent commencer à être débattu à partir de ce point.
Py dit on est roi quand notre parole est pleine. Puis je le traduire différemment, seul le christ est roi parce qu'il est le bouc émissaire idéal dont la parole est pleine.
Py élude ce que Shakespeare déniche, le lien entre le roi et le bouc-émissaire institutionnalisé. Le roi Lear se prend sa naïveté comme un boomerang. Quand il n'est plus le roi, il déclenche une crise d'identité et un perte de repère créant violence sans limite et chaos. Il ne découvre pas donc qui est le roi quand il est nu... Il découvre dans sa nudité que son pouvoir ne se tenait que dans sa situation de victime en puissance, dans sa découverte de la part christique en lui. Ecce homo....

Mais Py a raison en disant que cette pièce est terriblement prophétique sur la perte de la parole.
La pièce illustre la fameuse question apocalyptique de Girard. Que se passe t-il dans un monde où les béquilles sacrificielles sont perdues. La pièce en est une illustration. Il ne reste plus que les fous pour dire que le monde l'est devenu, la vanité est partout et la redécouverte de Dieu miséricordieux se fait en prison avec la fille aimante. (Je suis bouleversé à chaque écoute de la tirade "et nous serons espions de Dieu"). Le roi Lear est l'image de notre société chrétienne et naïve qui ne comprend pas l'origine de son propre pouvoir et qui en remettant en cause tout ce sur quoi elle est fondée, s'autodétruit tout en se donnant la possibilité de découvrir la vérité.
Les invitations de Py à retrouver la parole pleine est pour moi une invitation à rencontrer le Christ, à l'aimer et à en faire un ami. (Son invitation théâtrale me séduit moins mais est intéressante ; il la relie à l'incarnation certainement.) 
L'invitation à accueillir la mort est l'invitation à l'humilité. L'humilité contre l'orgueil de ce roi et de notre époque qui a perdu tout sens de la mesure et qui découvre malgré elle le sens profond de la royauté par inadvertance. Mais sa remise en cause toute provocatrice est aussi le chemin qui lui permet de trouver les bonnes réponses.....
Apocalypse forever...


samedi 15 octobre 2016

Cassiodore et Boece par Benoit XVI.

Cette interview de François Taillandier sur sa dernière série de livre est intéressante, c'est une invitation à plonger aux racines historiques de notre monde, le démantèlement de l'empire romain. La confrontation d'un empire en destruction et l'arrivée massive de nouveaux peuples puissants. Il invite à une connaissance approfondie de la vie de ces hommes de leurs questions tragiques, de leur point de vue sur la vie.
Cette Europe du V au Xe siècle nous est tout à fait inconnue. Nous avons là une boite noire que nous ne voulons pas trop regarder, les questions y sont passionnantes. Il n'y a pas de siècle où les questions des hommes et la manière de voir l'histoire et leur "théologie" soit essentielles.
Taillandier parle de deux témoins de cette époque Boèce et Cassiodore. Il y évoque aussi une conférence de Benoit XVI. je l'ai retrouvé ici.

Qu'y dit il ? Il présent ce deux auteurs.
Il présente Boèce (480-524) comme témoin de la fin de l'empire, et homme voulant propager la culture gréco-latine chez les nouveaux maitres "barbares", dire la foi chrétienne dans le langage greco-latin. Il serait le dernier sage de l'antiquité et premier homme du Moyen-Age. Honnête homme politique et complet. Il fut malgré tout condamné à mort pour délit d'opinion par Théodoric. Il écrira en prison "la consolation de la philosophie " où il en appelle à la sagesse, à la découverte des vrais biens contre la mondanité, à découvrir l'espérance, le dialogue avec Celui qui sauve et se souvenir des grands auteurs.
La philosophie est recherche de sagesse et découverte du bonheur dans sa propre intériorité. La prospérité peut être mensongère, la mauvaise fortune est tamis des rapports humains authentiques. Lisons tous les événements avec espérance. Recherchons des vertus et ayons la certitude de la présence du juge qui voit dans le secret et qui sait.
Boèce, martyr de la foi et porte d'entrée pour la contemplation du Christ ressuscité selon Benoit XVI.



Cassiodore 485-580, était un homme engagé dans la politique et la transmission culturelle. Il ne veut pas laisser tomber dans l'oubli le meilleur du patrimoine culturel humaniste de l'empire romain dont il a la conscience de la mort et de sa disparition définitive. Il travaille avec les nouveaux venus, tente toutes les rencontres culturelles et de dialogue. Il n'a pas réussi à créer la synthèse de la tradition romano-chrétienne d'Italie et de la nouvelle culture Gothe mais il était convaincu du caractère providentiel du mouvement monastique auquel il a consacré toute la fin de sa vie. Il fonda le Vivarium pour conserver les grandes œuvres. Recherche d'équilibre entre la prière, le travail intellectuel, la charité, la vie sacramentelle et paroissial.
Lucidité sur les sollicitations du monde et de ses attraits, importance de la préservation de la rectitude de la foi.
Benoit XVI finit par dire :
Nous vivons nous aussi à une époque de rencontre des cultures, du danger de la violence qui détruit les cultures, et de l'engagement nécessaire de transmettre les grandes valeurs et d'enseigner aux nouvelles générations la voie de la réconciliation et de la paix. Nous trouvons cette voie en nous orientant vers le Dieu au visage humain, le Dieu  qui s'est révélé à nous dans le Christ.

Par bien des aspects, ce texte, écrit la même année, peut être relié au discours des bernardins. En revenir à la recherche de Dieu quand tout semble menacé.

Sur cette époque, il faut écouter aussi Michel Rouche sur la violence archaïque de cette époque, comment le levain chrétien se retrouve dans une pâte différente et difficile à contaminer.